Durable, raisonnée, intégrée, bio, biodynamie, naturel

Bon alors là, je ne sais plus quoi faire et comment faire ... Tout ceux qui me connaissent savent que je suis véritablement athée, je n'aime pas beaucoup les églises et dans le monde du vin en France on trouve un grand nombre de religions, de croyances plus ou moins fondées, des prophètes médiatiques, des idoles.

Je vais chercher à faire des vin dans le plus pur respect du terroir, des consommateurs, de mes employés et fournisseurs et dans l'objectif de faire vivre ma famille décemment ; en fait une véritable démarche de développement durable. Mais à partir de là quel système de production choir ? Car le vin est un végétal pas très bien adapté à nos climats septentrionaux (Bordeaux, Bourgogne) et qui développe beaucoup de maladies, il faut donc apporter beaucoup de soins à sa vigne et souvent utiliser des « traitements ».

Naturellement je me tourne vers les modes de production bio, mais là il y a des logiques qui me dépassent, pas de prise en compte des écosystèmes, remplacement souvent en un pour un des produits de synthèse par un produit "chimique naturel" et cette intransigeance vis à vis des molécules de synthèse moins toxiques que les produit « naturels » (j'y reviendrais); résultat, on peut faire du bio chimique « naturel » sans vraiment porter attention à son environnement avec des produits extrêmement toxiques pour l'environnement.
En effet, les produits de traitements biologiques utilisés ne sont pas neutres vis-à-vis de l’environnement.
Le cuivre, par exemple, est très peu mobile dans le sol. Apporté chaque année en fortes quantités (plus de 8kg par hectare et par an, selon l’INRA) il se fixera dans la parcelle et conduira à terme à une toxicité importante (pour les plantes et les micro-organismes).
Le souffre est, à fortes concentrations, toxique pour certains auxiliaires: les typhlodromes. Ces acariens sont utiles car ils se nourrissent des acariens nuisibles qui attaquent les cultures.
La roténone et le pyrèthre sont terriblement efficaces et n’ont aucune sélectivité vis-à-vis des insectes auxiliaires des cultures (sauf pour les abeilles) et qui issue de de plantes tropicales et donc pas sans effet sur l'exploitation de la forêt tropicale. Le pyrèthre des fois associé à la Roténone qui est toxique pour les poissons, en finalité on à ici deux molécules naturelles plus toxiques que certaines molécules de synthèse. Avec l'utilisation de la lutte biochimique et l'utilisation d'hormones de synthèse issue d'usine extrêmement polluante à cause du processus de fabrication des plastiques micro poreux (
Ou est le progrès environnemental ? La satisfaction est purement intellectuelle.
Je me penche vers la biodynamie, oui effectivement c'est plus intégré, plus réfléchi, on introduit d'autres dimensions telles que l'homéopathie, les forces cosmiques...; mais rien l'entretien des écosystème (en tout cas dans les référentiel viticole), on reste dans le monde de la vigne sur un système de monoculture.
Pour les chartes des vins natures on tourne au ridicule, tout est interdit (à croire que le vin est un produit naturel, c'est peut être pour cela que certains font du vinaigre !) même les vendanges mécaniques sont interdites (bientôt le tracteur le sera aussi), mais toujours rien de contraignant sur les écosystèmes, l'intégration sociale de l'exploitation. Je vous invite d'ailleurs à réfléchir sur l'impact écologique de trois demi journées de machine à vendanger contre plusieurs semaines de vendangeurs qui viennent de loin avec leur voiture personnelle (bilan carbone !), et qui saturent les stations d'épuration des villages bourguignons (et oui les toilette).
En fait le problème majeur de toutes ces normes production c'est que ce sont justement des normes de production, nées dans les années 60/70, et pas des normes de conduite d'un agrosystème.
Alors je découvre l'agriculture intégrée, dite raisonnée en France. On y parle évidement de gestion des intrants, fertilisation, de lutte intégrée mais aussi d'aménagement écologique et de sécurité du travail. Mais malheureusement les contraintes sur les types de produits utilisables et sur les doses autorisées sont trop faibles pour que ce mode de production puisse être une alternative crédible au bio. C'est une alternative au conventionnel au mieux ... mais un petit mieux seulement (dans d'autres pays la production intégrée est beaucoup plus proche du bio tout en intégrant cette démarche écologique globale ex vinatura en Suisse)

exemple du cahier des charges vinatura
Emploi exclusif d’acaricides neutres pour la faune auxiliaire ou absence de traitement
Emploi exclusif d’insecticides neutres pour la faune auxiliaire ou absence de traitement. Vers de la grappe 2ème génération : lutte par confusion ou BT ou absence de traitement.
Absence de cuivre sur l’ensemble de l’exploitation. (dommage pour les bio)
Plantation et culture de cépages tolérants aux maladies fongiques (mildiou, oïdium) sur au moins 1000 m2 (interdit dans les ACO francais !!!)
Réalisation d’un inventaire faunistique sur une parcelle représentative de l’exploitation

Effectivement je parle d'alternative au bio, car il y a une chose qui me dérange, pourquoi se passer systématiquement des progrès de la science. En effet, il existe des alternatives chimiques pour remplacer le cuivre et le souffre (le gros problème du bio en fait) qui sont beaucoup moins toxiques pour les utilisateurs (c'est aussi important) et surtout beaucoup moins toxiques pour l'environnement.
Quand vos enfants son malades et que vous êtes adepte des pratiques douces, vous n'allez pas pour autant, en dernier recours renoncer à l'utilisation d'antibiotique (sauf à être dans un mouvement sectaire) et prendre le risque de perdre votre enfant. Et bien je voudrais pouvoir faire de même avec mes vignes, utiliser des produits plus « puissants », mais qui me permettront de ne pas mettre en danger économique mon exploitation et donc ma famille et celles de mes employés.

Comprenez bien, je suis pour le bio, et même militant, mais en viticulture sous des climats septentrionaux avec les pressions Mildiou et oidium et par conséquence l'utilisation massive de produit cuprique, il y a une impasse. Donc pour l'instant j'hésite à m'engager dans un conversion bio stricto-sensu, même si je sais que je vais conduire mes vignes en bio/biodynamie et avoir une démarche beaucoup plus globale sur les écosystèmes de ma future exploitation (alternance bois, eau, prairies naturelles, culture mellifère, vergés ...)
Parce que derrière tout ça il n'y a pas que des convictions, il y a un enjeu économique, la valorisation de ses produits, comment valoriser du bio quand l'on n'est pas certifié ? La jouer solo ? Faire du bio intégré en me laissant cette « possibilité » de choisir des produits moins impactants sur l'environnement que le produit certifié pour l'agriculture biologique, pourquoi pas. Mais comment me situer dans ce paysage des pratiques culturales .... il me reste peut être la solution de faire du Philippe Betschart et de militer pour une agriculture « Raisonnée », Intégrée, plus contraignante.

A suivre ...

Commentaires

  1. Salut Philippe,

    En vin, comme en logiciel, il y a des guerres de chapelle. Et comme en tout, il faut rechercher l'équilibre.
    Bio n'est pas une fin en soi, je n'achète pas du vin parce qu'il est bio mais parce qu'il me plait.

    Il se trouve que la plupart des vins que j'aime aujourd'hui sont dits natures, pour autant tous les vins natures ne me plaisent pas.

    La question n'est pas le bio, mais plutôt une façon de concevoir le rôle du vigneron. Si celui-ci cherche juste à s'enrichir, à produire plus, au mépris des consommateurs, alors il ne m'intéresse pas.

    Son vin sera à son image : dilué, incohérent, sans goût, sans passion.

    Un des critères intéressants est le rendement. Densité des pieds, vendange verte ou pas, tri des grains, pression. Une vendange mécanisée s'inscrit dans une logique d'augmentation des rendements. De même que les remplacements de pieds trop vieux, les engrais, les pesticides, etc.

    Une fois les vignes fatiguées après ces sur-rendements, il faut récolter trop tôt (les raisins ne supporteraient pas la pluie), donc chaptaliser. Il faut pouvoir exporter le vin, le stocker sur des docks en plein soleil. Il faut donc le tuer par une filtration excessive, sulfiter à mort, etc.

    Le résultat est tellement indigeste qu'il faut alors faire appel aux levures chimiques pour essayer de donner un goût à cette flotte.

    C'est toute cette logique qu'il faut casser. Quand tu vois les manipulations mécanico-chimiques que les vignerons américains font subir aux vins : augmentation ou diminution du degré d'alcool, changement de viscosité, de couleur, etc.

    D'où le retour à des pratiques où il y a le moins d'interventions. Et pour autant ça n'est pas un retour en arrière, c'est toujours le vigneron qui fait le vin.

    Sans parler du goût de bois trop prononcé, des copeaux ajoutés, des vins trop lourds et trop foncés pour plaire à Mr Parker.

    Vins natures, bio, biodynamie, culture raisonnée : à la limite on s'en fout un peu, du moment que le vin est bon, qu'il ne rende pas malade et que le vigneron est honnête avec lui même et avec les autres (congruent dirait-on en psychologie).

    En tout cas c'est passionnant de suivre ton parcours et les questions que tu te poses.

    Amicalement, Eric.

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  2. PHILIPPE,
    Je me pose aussi beaucoup de questions à ce sujet. Je crois en effet que le bio n'est une finalité mais une étape... dans l'évolution des pratiques culturales.
    La solution (qualifiable d'"ayatollahisme") serait de ne cultiver des végétaux seulement sous leur climat de prédilection, limitant de fait la prise des crypto. Mais est-ce juste? Et cela nécessiterait une remise de la carte des cultures (dont du vignoble de Bourgogne et du Bordelais)... illogique. On ne fait pas fi de l'histoire, de notre histoire.
    Pour ma part, je souhaite développer cette option (mais parce que j'en ai le choix et la possibilité sur mon projet). De plus, je veux aussi rechercher comment lier (fonctionnement) l'agrosystème et les écosystèmes. Je sais que les liens peuvent être symbiotiques...
    Olivier Contion

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  3. Des solutions pour réduire le cuivre en bio :
    http://www.itab.asso.fr/downloads/actes%2520suite
    /jt_viti08_bilanrepco.pdf

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  4. Merci pour vos commentaire, en effet l'honnêteté du vigneron est à la base de tout.
    Il faut prendre son temps pour expliquer à ses client les choix que l'on fait, mais notre monde de label et de norme m'oblige aussi à me poser la question des certifications. Car il ne faut jamais oublier qu'il faut vendre pour vivre et que des vignerons honnête qui font faillite il en existe malheureusement.

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  5. Pas rassurant:
    http://www.itab.asso.fr/downloads/viti/synthese-cu-2009.pdf

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  6. Bonjour Philippe,

    J'admire ta démarche et te souhaite de réussir dans ton projet. C'est déjà dur en temps normal, mais en ce moment, et en se fixant ce niveau d'exigence...

    Ton analyse dans ce post est excellente.

    A titre personnel, j'admire les bios engagés depuis longtemps (vignerons ou autres). Leur démarche courageuse et semée d'embuches permet d'ouvrir des voies alternatives pour le futur à tous les agriculteurs, malgré les impasses et contradictions que tu as si bien décrites.

    Par contre l'emballement actuel des médias pour le bio (marché de la peur) conduit à un dénigrement de l'agriculture "conventionnelle" dans son ensemble. S'il existe des dérives du système productiviste, il y a une grosse majorité d'agriculteurs engagés et passionnés par leur métier.

    Ce n'est pas en décrétant XX % de bio en 2020 que l'on avancera, mais en réfléchissant au financement des filières de recherche (actuellement financée par les firmes ?), aux procédures d'homologation et AMM, à la formation des enseignants agricoles. Il faudra aussi réformer le système de distribution, séparer la fonction préconisation de la vente des produits phytos, proposer des diagnostics / solutions techniques aux problèmes accessibles et applicables par tous les paysans.

    Un vaste chantier, car à mon sens il faut non pas stigmatiser l'agriculteur mais lui donner les moyens techniques et financiers d'assurer sa mission avec fierté : proposer une alimentation saine, dans un système durable, et qui lui permette de vivre décemment.

    Même si tout n'est pas parfait en France, il ne faut peut-être pas jeter sans réfléchir et sans solution alternative le bébé avec l'eau du bain.

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  7. Merci pour cet article très intéressant, et très construit...j'y ajouterai juste deux éléments:
    - aujourd'hui le consommateur (celui qui ne connait pas directement le vigneron si son honnêteté) n'a pas vraiment un label pour s'assurer que son vin de tous les jours est fait dans le respect de la nature et de la vigne...c'est bien dommage, car il aurait envie de pouvoir choisir
    - de son côté, il faut aussi apprendre à accepter que, d'une saison sur l'autre, le vin plus naturel n'aura plus forcément un goût normalisé.

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  8. bonjour philippe,

    je constate que le vin et le bio font toujours autnat parler les gens, même ceux qui n'y connaissent pas grand chose (voir rien) : le bio, c'est d'abord du boulot et encore du boulot. Ensuite , le bio c'est des prises de risques et des investissements....après ça, on peut commencer à parler d'autres. En fait, on parle toujours esprit du bio, du vin, des petites fleurs mais on oublie ou alors on ne sait pas ce qu'il faut faire pour faire du vin, qui plus est en bio et du bon (j'ai un copain directeur d'un cru classé à bordeaux qui a arreté le bio car pour eux la qualité n'était pas à la hauteur (en grande partie à cause de l'absence de l'anti botrytis)
    voilà ce qu'il faudrait dire en premier lieu sur le bio : le vin sera il aussi bon? (sans parler de meilleur!) les beaus parleurs diront : bien sur! pas de chimique, la plante trouve sont equilibre...quid de la maturité des raisins? car à Bordeaux, comme vous l'avez dejà remarqué, la météo n'est pas celle du rousillon!

    bon aller j'arete là,

    bon courage dans les cotes de bourg (j'ai failli m'intallé à Lansac il y a quelques annes!)

    GM de Montagne 33

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  9. Effectivement il y a des risques sanitaire sur des fin de saison pluvieuses, et l'absence d'anti botrytis est compliqué.
    Le bio c'est aussi un gain sur la santé pour le vigneron et ses ouvriers (peut être même plus que pour le consommateur)

    Merci pour vos encouragements

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